Frédéric Poncet : Pensez-vous que les thérapies alternatives pourront être un jour définitivement reconnues ?

Jean-Pierre Perraud : Pour vous répondre, j’aimerai vous citer une phrase de Pierre Daverat qui dit : « Pour être reconnu il faut être connu ! » Vous savez les pouvoirs publics — du moins en France — maintiennent les thérapies alternatives dans le camp de la clandestinité. Mais est-ce là le vrai débat ? Doit-on attendre de l’Etat une quelconque reconnaissance pour quelque chose qu’il a toujours combattu ? Bien sûr que non !

Frédéric Poncet : Alors quel est l’avenir des thérapies non conventionnelles ?

Jean-Pierre Perraud : Eh bien, ce qui me semble beaucoup plus intéressant est de savoir quel est aujourd’hui l’impact des thérapies énergétiques dans l’opinion publique et si elles sont en progression. Alors, vous aurez la réponse à votre question. D’ores et déjà je peux vous dire que les thérapies énergétiques et holistiques (bien-être) sont en forte progression partout dans le monde et y compris en France. En suscitant un tel regain d’intérêt elles témoignent d’une réaction au mode de vie que nous impose la société industrielle, soucieuse de rentabilité et de scientisme. C’est le « règne de la quantité » dont parle René Guénon dans son célèbre livre Le Règne de la quantité et les signes des temps.


Frédéric Poncet : Voulez-vous dire que la consommation de masse entraîne une baisse de la qualité de la vie ?

Jean-Pierre Perraud : L’individu paie aujourd’hui le lourd tribut de cette vie artificielle, trépidante, soumise à un stress quotidien, à la pollution industrielle et à la consommation d’aliments altérés, voire dénaturés — par des insecticides, des pesticides, des manipulations génétiques ou des méthodes d’élevage industriel. On constate en effet une recrudescence des maladies allergiques, dues à des facteurs environnementaux — l’asthme, pour ne citer que lui, fait des ravages chez les enfants. Plus grave encore est l’apparition de nouvelles maladies virales (maladie de la vache folle, la tremblante du mouton, la grippe du poulet) en relation directe avec l’alimentation animale, totalement dénaturée et dont on sait aujourd’hui qu’elle a rompu avec la chaîne alimentaire naturelle. C’est ainsi que l’on a osé donner de la viande de bœuf à des ruminants. Chacun sait que l’alimentation quotidienne de la vache est le « big mac bacon », ketchup en moins.


Frédéric Poncet : Quelles sont, d’après vous, les raisons qui poussent les individus vers les thérapies alternatives ?

Jean-Pierre Perraud : Les raisons sont multiples. Tout d’abord, il faut bien admettre que l’approche globalisante holistique et bio-énergétique des thérapies alternatives — l’individu est pris dans son ensemble : corps et esprit — a la faveur croissante des patients. L’être humain est reconnu dans son individualité et son unicité psychosomatique. Outre les désordres et symptômes physiques qu’il peut rencontrer, il cherche également à résoudre ses déséquilibres psychiques et émotionnels par des thérapies alternatives actives que nous regroupons aujourd’hui en France sous le label de bio-énergétique. Ensuite de plus en plus d’individus — surtout parmi les jeunes générations — ont le souci de se responsabiliser face à la maladie. Plusieurs sondages d’opinions ont d’ailleurs confirmé ce point précis : un Français sur deux affirme avoir eu recours à un traitement alternatif qui, dans 70 % des cas, lui a permis de surmonter la maladie ou l’a guéri. De même, de nombreux médecins cherchent aujourd’hui à compléter leur formation en médecine énergétique. Et certains, s’ils ne peuvent soulager eux-mêmes leurs patients, les recommanderont à des thérapeutes alternatifs. Cela dit je tiens à préciser que ces médecines alternatives ne sont pas des thérapeutiques de substitution mais des thérapies complémentaires. En aucun cas elles ne sauraient remplacer un traitement allopathique, mais sont destinées à le compléter. Leur rôle n° 1 n’est pas de soigner certaines maladies graves ou de guérir un patient au stade terminal, mais de soulager sa douleur et d’atténuer les effets indésirables d’un traitement par trop agressif et pénible.


Frédéric Poncet : Est-ce qu’on a dressé la nomenclature complète et exhaustive des thérapies énergétiques ?

Jean-Pierre Perraud : Si l’on excepte les thérapies farfelues qui n’existent que dans la tête de leurs inventeurs, nous pouvons répondre par l’affirmative. Mais convenez qu’il serait fastidieux de les passer toutes en revue.


Frédéric Poncet. : Parlez-nous au moins des plus connues et des plus représentatives de la bio-énergétique à commencer par la phytothérapie et l’aromathérapie.

Jean-Pierre Perraud : Laissez-moi vous dire que la phytothérapie et l’aromathérapie, telles que les conçoivent les phyto-aromathérapeutes, n’ont rien à voir avec la bio-énergétique. La phytothérapie et l’aromathérapie sont utilisées le plus souvent comme des médecines allopathiques anti-symptomatiques. Vous avez mal au ventre, eh bien prenez de la camomille, alors qu’il conviendrait d’abord de dresser un bilan énergétique de la personne qui vient consulter et de chercher à comprendre pourquoi elle a mal au ventre.

Frédéric Poncet : D’où vient l’aromathérapie ?

Jean-Pierre Perraud : En ce qui concerne l’aromathérapie, on assiste depuis vingt ans à un véritable détournement du sens et de l’utilisation première des huiles essentielles. En effet, le mot aromathérapie est un néologisme qui a été inventé dans les années 30 par le célèbre chimiste français Gattefosse. Celui-ci s’était brûlé une main lors d’une expérience de laboratoire ; dans la panique, il la plongea dans le premier liquide venu, en l’occurrence un bidon d’huile de lavande. La blessure guérit en un temps record, sans laisser la moindre infection ni cicatrice. Fasciné par ces résultats spectaculaires, le chimiste entreprit d’étudier de plus près ces huiles florales et posa ainsi les principes de l’aromathérapie. Alliée à son expérience et à de multiples témoignages, sa formation scientifique lui permit de conclure à l’extraordinaire effet stimulant, à l’action curative indéniable et aux étonnantes propriétés thérapeutiques des huiles essentielles, sans oublier leurs effets bénéfiques sur le psychisme. De même au cours de la seconde guerre mondiale, un chirurgien militaire, le docteur Jean Valnet, utilisa les huiles essentielles comme antiseptiques. C’est ce même médecin qui créa en 1975 la Société française de phyto-aromathérapie, bientôt suivie par la Société européenne de phyto-aromathérapie du docteur Belaïche.


Frédéric Poncet : Les huiles essentielles sont-elles sans danger ?

Jean-Pierre Perraud : J’ai moi-même travaillé avec la faculté de pharmacie de Montpellier sur plusieurs huiles essentielles obtenues par distillation à la vapeur d’eau : essences de thym rouge, de pin sylvestre, de romarin, de persil et de girofle. Je peux affirmer aujourd’hui que l’utilisation des huiles essentielles en l’état et par voie interne représente un danger extrême. Les huiles essentielles provoquent des brûlures et des lésions des muqueuses souvent irréparables. Les nombreux accidents, dont certains mortels, dans les années 80 résultèrent d’une mauvaise utilisation, utilisation souvent mal comprise, des huiles essentielles. Par voie interne les huiles essentielles doivent faire l’objet d’une dilution au 1/100 (au minimum), être dispersées sur un vecteur adsorbant et enfin être conditionnées dans des gélules gastro-résistantes ou dans des suppositoires. Ces techniques galéniques sont d’ailleurs utilisées par l’industrie pharmaceutique et limitées à quatre ou cinq essences (thym, lavande, girofle, eucalyptus et pin). Toute autre utilisation par voie interne est à proscrire immédiatement.


Frédéric Poncet : Et l’aromathérapie ?

Jean-Pierre Perraud : L’aromathérapie est comme son nom l’indique la thérapie par les arômes. Ces derniers étant eux-mêmes le résultat de l’évaporation des principes subtils (molécules complexes : éthers, terpènes, aldéhydes, phénols, alcools…) contenus dans les huiles essentielles. Ces principes actifs très volatils seront captés par les récepteurs de l’odorat. En effet les cellules olfactives présentent la particularité de porter des terminaisons nerveuses qui se régénèrent en permanence. Lorsque les molécules volatiles se fixent sur les récepteurs des cellules ciliées, elles transmettent le message nerveux sous forme de vibrations jusqu’au cerveau. Lequel va transmettre à l’organisme, par les neurotransmetteurs, l’information propre à chaque essence. On sait aujourd’hui que certaines huiles essentielles comme la lavande, l’orange, le bigaradier, la verveine sont déstressantes et relaxantes. D’autres comme l’eucalyptus, le pin sont broncho-stimulantes. D’autres encore comme le thym, le serpolet, la sarriette et le basilic sont psychostimulantes. On sait que l’hysope, la camomille, la valériane sont hypnotiques etc. Les huiles essentielles exercent une action bio-énergétique sur nos émotions et peuvent, comme l’ont démontré de nombreuses études, améliorer notre vivacité d’esprit et nos facultés de concentration.


Frédéric Poncet : Comment peut-on les utiliser ?

Jean-Pierre Perraud : Si la plupart des huiles essentielles se prêtent à divers modes d’utilisation que chacun peut essayer chez soi, je conseille cependant les inhalations (quelques gouttes sur un mouchoir) ou diluées dans un peu d’alcool à 90° et dispersées dans un bol d’eau bouillante dont on respire les vapeurs. On trouve également dans le commerce une gamme de diffuseurs (vaporisateurs, brûleurs, diffuseurs électriques) qui libèrent dans l’atmosphère les molécules odorantes des huiles essentielles. Cette méthode est excellente pour purifier l’air ambiant et prévenir certaines maladies. Je n’oublie pas non plus les massages aux huiles essentielles diluées dans une huile végétale ou un baume. En effet l’association du toucher et des vertus curatives des essences active la circulation et lève les blocages énergétiques des masses neuro-musculaires. L’odeur procure également une sensation de bien-être. A propos des massages je veux préciser que les molécules des huiles essentielles sont si minuscules qu’elles pénètrent par les pores. L’absorption transcutanée des principes actifs des huiles essentielles est très rapide. Les molécules actives agissent non seulement sur la peau, mais également sur la circulation sanguine et sur toutes les fonctions organiques, y compris les fonctions cérébrales.


Frédéric Poncet : Quelles différences faites-vous entre la phytothérapie allopathique et phytothérapie énergétique ?

Jean-Pierre Perraud : La phytothérapie exploite les vertus thérapeutiques des plantes pour rétablir et maintenir l’état de santé de l’organisme en lui assurant un équilibre optimal. Le rôle du phytothérapeute allopathe est de sélectionner parmi l’univers végétal (plantes, fleurs, herbes et arbres) les constituants qui présentent des propriétés curatives susceptibles de traiter les symptômes. Le phytothérapeute bio-énergéticien, fidèle en cela aux principes holistiques de la bio-énergétique, estime que chaque individu recèle un capital vital ou une force vitale, qui agit en permanence pour maintenir le corps, l’esprit et le mental en état d’équilibre et de santé. Il arrive que cette force bio-énergétique se trouve affaiblie par des facteurs exogènes (extérieurs) : stress, pollution, mauvaise alimentation et c’est alors que la maladie s’installe, tout d’abord de manière réactionnelle (symptômes) et puis à la fin franchement lésionnelle. Le bio-énergéticien phytothérapeute interprète les symptômes comme un signal d’alarme de l’organisme, qui indique qu’il n’a plus les moyens de lutter seul contre les agents pathogènes et demande des renforts. Ce sont les plantes qui viendront alors au secours de la force bio-énergétique, non pas pour la traiter en éliminant les symptômes, mais en lui rendant son dynamisme. Par cette méthode de régénération énergétique, l’organisme se débarrasse de ses toxines et déchets, renforce ses fonctions immunitaires et retrouve l’état d’homéostasie, c’est-à-dire le parfait équilibre énergétique.


Frédéric Poncet : Quelle est l’efficacité de la phytothérapie ?

Jean-Pierre Perraud : Adaptée au traitement de presque toutes les maladies, la phytothérapie s’est avérée efficace pour guérir les affections dermatologiques, telles que l’eczéma, ou les troubles urinaires, comme la cystite, et les problèmes digestifs tels que les gastrites, les colites, la constipation. Le bio-énergéticien ne s’arrête pas à ce que vous voulez bien lui dire. Il s’attache aussi à relever vos tendances physiologiques, en observant la nature de votre peau, l’état de vos cheveux, votre expression, votre posture, votre démarche. Il vous écoutera lui exposer les raisons de votre visite et lui décrire les troubles dont vous souffrez. Cette discussion est essentielle. Vous devez avoir entièrement confiance dans le bio-énergéticien. Ainsi, il pourra vous expliquer la nature de votre dysfonctionnement énergétique et les mesures qu’il envisage pour y remédier. Outre le traitement à base de plantes médicinales, d’oligo-éléments ou de compléments alimentaires, il vous donnera des conseils d’hygiène de vie, vous recommandera des exercices physiques et des techniques de relaxation et un régime alimentaire.


Frédéric Poncet : Parmi les thérapies alternatives il y a la naturopathie. S’inscrit-elle également dans une démarche bio-énergétique ?

Jean-Pierre Perraud : Non seulement elle s’y inscrit mais je crois même pouvoir dire qu’elle a présidé à la naissance de la bio-énergétique. La naturopathie est vieille comme le monde. Elle est l’idée selon laquelle tous les remèdes sont dans la nature. Ce qui n’est pas faux. Hippocrate, à qui l’on attribue les fondements de la médecine moderne, serait plutôt le père de la naturopathie, car il fut le premier en Occident, à intégrer au système de santé les jeûnes, diètes, monocures, hydrothérapies et exercices physiques. La naturopathie, qui s’inscrit dans la tradition des médecines holistiques, fait appel aux multiples ressources que la nature met à notre disposition pour apaiser nos maux et soigner le corps et l’esprit.


Frédéric Poncet : On dit que c’est le biologiste Pierre Marchesseau qui a inventé le concept de naturopathie ?

Jean-Pierre Perraud : C’est exact. Le biologiste Pierre Marchesseau, dans les années 1930-35, a été le premier à employer le mot naturopathie. Son idée maîtresse, toujours d’actualité, participe d’un grand bon sens : la naturopathie exploite les ressources de la nature pour aider l’organisme à se guérir lui-même. Elle repose sur trois grands concepts. D’abord, le concept de la force vitale. Le corps peut lutter contre la maladie et l’éradiquer car il recèle une capacité naturelle de guérison qui lui permet de compenser les dérèglements fonctionnels pour retrouver son équilibre. Pour le naturopathe, la santé ne se limite pas à l’absence de maladie, mais correspond à un état de bien-être général. Ensuite le concept de la maladie, phénomène réactionnel naturel. Tous les organismes vivants sont sujets à la maladie dès qu’une perturbation intervient dans le schéma de fonctionnement de l’organisme. De multiples facteurs endogènes et exogènes menacent de bouleverser l’équilibre biochimique et fonctionnel : mauvaise alimentation et mauvaise élimination des toxines, traumatismes, agents pathogènes héréditaires, pensées négatives, substances inhibitrices, pollution, etc. Le rôle du naturopathe est d’identifier les facteurs responsables de la maladie et d’aider la force vitale et bio-énergétique à les éliminer. Enfin le concept du symptôme en tant que sonnette d’alarme. La naturopathie considère le symptôme comme un message de la force vitale, qui signale qu’elle combat la maladie. Il s’agit d’un phénomène normal et naturel, témoin de la capacité de l’organisme à réagir. Par exemple supprimer les symptômes d’une grippe revient à empêcher le corps de se défendre seul, donc à l’affaiblir. Ce type d’affection aiguë s’inscrit dans un processus naturel et constitue le baromètre de la force vitale. Les naturopathes estiment que les maladies infantiles (oreillons, varicelle) permettent de renforcer le système immunitaire, car un organisme qui aura repoussé très tôt les attaques des maladies sera apte à se défendre contre toute agression. A cet égard, pour les naturopathes comme les homéopathes, la vaccination est une aberration car, au lieu de stimuler les défenses, elle accoutume l’organisme à un virus. Le traitement le plus efficace est préventif et, une fois la maladie installée, on renforcera durablement les fonctions immunitaires par des moyens naturels. Cette approche limite les effets secondaires et exclut pratiquement toute complication. De même, les naturopathes ont constaté qu’en laissant les rhumes et les grippes suivre leur cours naturel, sans intervenir avec des substances inhibitrices, on réduisait la réceptivité des patients aux maladies hivernales, et, surtout, on prévenait les maladies dégénératives, telles que l’arthrose et l’arthrite.

Tous les organismes vivants sont sujets à la maladie dès qu’une perturbation intervient dans le schéma de fonctionnement de l’organisme. De multiples facteurs endogènes et exogènes menacent de bouleverser l’équilibre biochimique et fonctionnel : mauvaise alimentation et mauvaise élimination des toxines, traumatismes, agents pathogènes héréditaires, pensées négatives, substances inhibitrices, pollution, etc.

 

Frédéric Poncet : Les naturopathes préconisent-ils l’utilisation de remèdes spécifiques propres à la naturopathie ?

Jean-Pierre Perraud : Le traitement naturopathique vise d’abord à stimuler et à renforcer les capacités curatives inhérentes à tout organisme. Il ne fait intervenir que des substances naturelles à l’état pur (aliments complets, eau, soleil, air pur) et n’impose au corps et à l’esprit que des exercices de relaxation énergétique. Le naturopathe traite chacun comme un cas particulier et cherche moins à mettre un nom sur sa maladie qu’à en comprendre les origines, à la lumière des particularismes biochimiques et physiologiques du patient, afin d’assurer un rétablissement durable. En tant que thérapie globalisante et bio-énergétique, la naturopathie conçoit l’être humain comme une entité, dont la santé repose sur l’équilibre de trois facteurs : la structure du corps, les fonctions organiques et le psychisme. Une charpente osseuse stable et mobile, soutenue par des muscles, des tendons et des ligaments en bon état et maintenue par une posture correcte, est le garant de l’équilibre structural. Toute perturbation à ce niveau peut se répercuter sur le système nerveux et les fonctions organiques.


Frédéric Poncet : Les naturopathes ont-ils recours, parfois, à la phytothérapie, aux compléments alimentaires et aux oligo-éléments ?

Jean-Pierre Perraud : Les naturopathes fondent leur pratique sur la « loi de guérison », selon laquelle le processus de guérison évacue la maladie de l’intérieur vers l’extérieur et du haut vers le bas, les symptômes disparaissent dans l’ordre inverse de leur apparition. Il leur arrive, assez fréquemment d’ailleurs, de faire appel à des complexes nutritionnels (compléments alimentaires) à des plantes médicinales et à des oligo-éléments afin d’accélérer le processus d’autoguérison. Les naturopathes retiendront surtout les complexes facilitant l’élimination. Rejoignant les phytothérapeutes, les naturopathes considèrent que tout humain est en suspension dans l’élément liquide. Toutes nos cellules, en effet, baignent dans différents liquides humoraux constitués par le sang (5 litres), la lymphe (10 litres) et le sérum extracellulaire (20 litres). Si l’on ajoute à cela l’eau que renferme le tissu organique, c’est près de 80 % de l’être humain qui est liquide et seulement 20 % solide.


Frédéric Poncet : Et le problème de l’élimination ?

Jean-Pierre Perraud : La phytothérapie est, avant tout, une médecine de l’élimination. L’on est frappé de voir le nombre considérable de plantes diurétiques et dépuratives inscrites à la pharmacopée. Les anciens avaient bien compris qu’un grand nombre de nos maladies, dans leur forme initiale, résultent d’une saturation métabolique de l’organisme, en déchets de toutes sortes : cristaux, oxalates, acides, graisses et autres résidus toxiques. Diabète, cholestérol, urée, acide urique, constipation, troubles hépatiques, mauvaise circulation, obésité troubles du sommeil, etc. sont, le plus souvent, la conséquence de nos erreurs alimentaires et partant d’un encrassement chronique de notre organisme. Pour éliminer les résidus toxiques qui viennent encombrer et saturer journellement notre organisme, l’être humain fait appel à la fonction émonctorielle. Telle une station d’épuration qui filtre les milliers de litres d’eau rendues potables et consommées chaque jour par les citadins, notre organisme — par l’intermédiaire des grands émonctoires que sont les reins, les glandes sudoripares, les poumons, la peau, le foie, la vésicule biliaire et les intestins — élimine avec l’urine, la sueur, le gaz carbonique, les sels biliaires et les matières fécales, les déchets et autres toxines accumulés. Il arrive, pour diverses raisons, qui tiennent le plus souvent à une mauvaise hygiène de vie — alimentation trop riche en viande, graisse, sucre, amidon, alcool, excitants nerveux, vie trop sédentaire mais aussi multiples intoxications voire empoisonnements chroniques, souvent insidieux (pollution industrielle, pesticides, engrais chimiques, antibiothérapie massive imposés par la société moderne) — que notre organisme s’encrasse. Il s’ensuit des manifestations réactionnelles plus ou moins violentes, signes annonciateurs que l’organisme est saturé et que les grands émonctoires, (les reins, les poumons, les intestins et la peau) parce que débordés, ne peuvent plus remplir leur fonction éliminatoire. La santé est alors menacée ! Il faut « dépurer » et éliminer !


Frédéric Poncet : La naturopathie propose-t-elle des cures spécifiques de désintoxication et d’élimination ?


Jean-Pierre Perraud : Oui bien sûr ! Les naturopathes visent dans un premier temps à stimuler la fonction émonctorielle. Ainsi en s’adressant aux reins et au foie ils envisagent, en première intention, de débarrasser l’organisme de ses toxines. Les reins sont situés sous le foie pour le rein droit et sous la rate pour le rein gauche. Le rein droit est légèrement plus bas que le rein gauche. Le rein pèse de 100 à 150 grammes pour une longueur de 8 à 12 cm, une épaisseur de 3 cm et une largeur de 4 à 6 cm. Il a la forme d’un haricot et est fixé dans une capsule graisseuse. En 24 heures 1500 litres de sang passent par les reins. De ce sang, un liquide exprimé par la pression sanguine filtre à travers le réseau capillaire ; puis ce liquide est réabsorbé et enfin transformé en urine. Cette urine, sortant des orifices des papilles rénales entre dans les calices rénaux puis dans le bassinet. Les uretères par mouvements péristaltiques, envoient l’urine dans la vessie. La contenance moyenne de ce réservoir est de 500 ml. En cas de rétention elle peut se dilater jusqu’à contenir 1 litre. Deux sphincters contrôlent la miction, l’un par réflexe l’autre par commande. L’humain adulte produit en moyenne 1,5 litre d’urine par jour. Rappelons que chaque rein est constitué d’un cortex constitué d’un million de « néphrons » munis de tubes collecteurs et d’une substance médullaire — pyramides de Malpighi — en contact avec les calices et le bassinet, réservoirs à urine. Celle-ci est un mélange complexe d’eau et de métabolites (urée, acide urique, urates, phosphates, oxalates, carbonates, toxines, molécules médicamenteuses, etc.) extrait du sang par les néphrons, collecté dans le bassinet, canalisé par l’uretère, stocké par la vessie et éliminé par l’urètre. Les reins ont pour fonction principale de débarrasser le sang des déchets et toxines qu’il contient en suspension. Cette opération de filtrage ininterrompue permet au sang de se régénérer. La quantité d’urine éliminée en 24 heures est d’environ 1 litre et demi. Les urines doivent être claires, limpides. Les colorations foncées ou troubles signalent une surcharge humorale, d’origine métabolique ou pathologique. L’on répète souvent qu’il faut boire pour éliminer. On éliminera d’autant mieux si l’eau contient des extraits végétaux dépuratifs et diurétiques.


Frédéric Poncet : Est ce que le foie à un rôle de signal d’alarme ?

Jean-Pierre Perraud : Le foie est la plaque tournante de tous les métabolismes de l’être humain. Véritable usine biologique où se produisent chaque jour plusieurs centaines de réactions physico-chimiques, nécessaires à notre vie, le foie est à ce titre un organe indispensable et irremplaçable. On ne peut pas vivre sans foie. Situé à droite dans l’abdomen sous le diaphragme, le foie peut être perçu à la palpation. Comme le rein, le foie est un filtre en relation étroite avec la circulation sanguine : 1 litre de sang le traverse par minute. A la fois fragile et résistant, le foie est capable de s’autorégénérer et de se reconstituer. C’est dans le foie que les glucides, les protides et les lipides sont en partie transformés et redistribués dans l’organisme pour ses besoins énergétiques. Le sang est amené dans le foie par l’artère hépatique. Mais plus encore c’est la veine porte qui transmet le plus de sang venu des intestins. Une fois purifié et enrichi de produits assimilables, le sang va vers le cœur par la veine cave inférieure, puis dans tout le corps. Au passage, le foie stocke des graisses, des glucides, des produits azotés, qui seront distribués au fur et à mesure des besoins. Le foie neutralise les toxines, les poisons, les virus, et les rejette sous forme de bile par la vésicule. Rappelons toutefois que la bile n’est pas seulement un ramassis de déchets puisqu’elle contribue à l’équilibre acido-basique par son action d’alcalinisation, elle émulsionne les graisses et lubrifie les intestins, de plus, elle est antiseptique. Quand se produit une rétention de bile pour un quelconque motif, elle passe directement dans le sang, agissant alors comme un poison et provoquant un ictère (jaunisse). Un point important doit être évoqué : par un effet aspirant, la vésicule biliaire attire la mucine sécrétée par le duodénum, ce produit fluidifie la bile et régule son débit. On accuse quelquefois le mauvais fonctionnement du foie alors que l’insuffisance de sécrétion de mucine est seule en cause. Le rapport émonctoriel privilégié qui existe entre le foie, la vésicule biliaire et l’intestin est appelé cycle entéro-hépatique et biliaire. Outre les fonctions digestives que remplissent le foie et la vésicule biliaire il faut souligner le rapport étroit qui existe entre la fonction hormonale et la fonction hépato-biliaire. Œstrogènes et androgènes sont des métabolites hépato-biliaires (cholestérol). C’est ainsi que de nombreux phénomènes réactionnels tels que migraines cataméniales (pendant les règles), urticaire, bouffées de chaleur, mais aussi acné, dysménorrhées, aménorrhées, syndrome prémenstruel ou hépato-ovarien sont en relation directe avec, d’une part le foie et la vésicule biliaire, d’autre part, avec l’hypophyse, l’hypothalamus et la thyroïde. Ces derniers envoyant aux premiers par le biais de neuro-transmetteurs des messages chimiques, susceptibles de déclencher une hypo ou une hyper activité hormonale pouvant entraîner un ensemble de troubles réactionnels. Sentinelle biologique, le foie est le signal d’alarme de nos désordres métaboliques, nous prévenant que la machine se dérègle ou nous rappelant à l’ordre à chaque fois que nous commettons des excès.


Frédéric Poncet : Existe-t-il une phytothérapie spécifique des troubles hépatobiliaires ?

Jean-Pierre Perraud : Le chardon marie est utilisé en médecine occidentale dans le traitement des troubles hépato-biliaires. L’action spasmolytique, régulatrice du flux biliaire, a été prouvée scientifiquement, elle est due à de nombreux flavonoïdes présents dans la plante. Le chardon marie contient aussi deux alcaloïdes, la silymarine et la silypine, doués de propriétés antihistaminiques qui justifient son emploi dans les allergies (urticaires) et les crises d’asthme. La gentiane jaune possède des propriétés cholagogues, sédatives et hypotensives. L’artichaut quant à lui, est l’un des plus efficaces draineurs hépato-biliaires que nous connaissons. L’activité thérapeutique des feuilles d’artichaut a été prouvée dès 1931. Elle est due à une molécule la cynarine qui possède plusieurs propriétés pharmacologiques bien précises. Elle stabilise tout d’abord, le fonctionnement de la vésicule biliaire et la production de bile. Elle exerce ensuite une action régénératrice de la cellule hépatique. Elle est enfin hypocholestérolémiante et agit, de ce fait, dans la cholélithiase et l’athérosclérose.


1- Artère sans dépôts et circulation sanguine normale
2 - Artère avec dépôts et circulation sanguine diminuée
3 - Artère avec dépôts et rétrécissement de son diamètre.
La circulation sanguine est diminuée en conséquence

 

 

 

Frédéric Poncet : Et la circulation sanguine ?

Jean-Pierre Perraud : Dans l’organisme le sang circule à raison de 5 litres à la minute. La lymphe à raison de 1 litre par 24 heures. Quant au liquide extra-cellulaire, il ne subit que de très faibles mouvements. Il est à peu près certain aujourd’hui qu’un grand nombre de maladies résultent d’une mauvaise élimination des déchets et toxines accumulés dans le sang et la lymphe. Et il y a bien un seuil de saturation. Lorsque ce seuil est dépassé et que l’organisme ne peut plus réagir tout seul, il faut l’aider en activant tout d’abord la fonction émonctorielle, en calmant ensuite le système neuro-hormonal (sympathique et cortico-surrénalien) et enfin en réduisant l’apport alimentaire. En effet, le sang n’échappe pas non plus à notre mode et à notre hygiène de vie. Ainsi les gros mangeurs, buveurs et fumeurs, les sédentaires sont-ils en priorité exposés aux troubles circulatoires. Une bonne circulation du sang dépend tout d’abord de la qualité du sang. Sachons que celui-ci, dans son déplacement, doit parcourir, comme le rappelle le docteur Salmonoff, sept milliards de minuscules vaisseaux sanguins, soit plus de 100 000 km de canalisations pour irriguer 120 hectares de tissus. Le sang "charrie" au cours de sa circulation les molécules les plus diverses. Certaines de ces molécules — mauvais cholestérol — viennent littéralement épaissir le sang — hémogliase et agrégation plaquettaire —, ralentir sa vitesse et déposer des résidus toxiques, véritables plaques, principalement sur les parois internes des artères et des grosses veines. Ceci provoque leur induration et leur sclérose, avec les risques que l’on connaît. C’est la redoutable artériosclérose des diabétiques, des gros mangeurs, buveurs et grands fumeurs.


Frédéric Poncet : Est ce qu’on peut classer la peau dans la famille des émonctoires ?


Jean-Pierre Perraud : La peau représente l’organe primitif de l’élimination. Elle est le reflet de notre bon ou mauvais état organique. A sa surface peuvent apparaître toutes sortes de décharges résiduelles sueurs, sébum, sels, toxines, bactéries, débris cellulaires, sang, lymphe, pus. Lorsque les surcharges ou toxines à éliminer sont trop importantes, des éruptions cutanées (vésicules, papules, rougeurs) peuvent apparaître et témoignent des mécanismes d’auto-défense de l’organisme. En outre, la peau est en relation directe avec le système neuro-végétatif. Il suffit de rougir pour le constater. Une trop grande excitabilité de ce système (hyper sensibilité, émotivité) suffit à déclencher des réactions de type allergique. En effet, la moindre excitation cutanée (piqûres, froid, chaleur, pression) est directement transmise par les fibres nerveuses du para-sympathique au bulbe et au diencéphale. En retour, un influx nerveux, par le biais de neuro-transmetteurs, part de l’hypothalamus et par l’orthosympathique gagne le système endocrinien et vasculaire et partant, touche l’ensemble des organes. L’étroite dépendance de la peau et des muqueuses avec les systèmes neuro-endocriniens et vasculaires explique certains rushs cutanés, prurits, dermatoses atopiques et autres toux nerveuses d’origine allergiques. La libération excessive d’histamine dans le sang, déclenchant immédiatement des phénomène réactionnels siégeant de préférence à la surface de la peau ou des muqueuses.


Frédéric Poncet : Quelles plantes médicinales sont recommandées pour les problèmes de peau ?


Jean-Pierre Perraud : La bardane par exemple. Sa racine possède des propriétés antibactériennes, antifongiques et dépuratives qui justifient son utilisation dans le traitement des dermatoses infectieuses, mais aussi dans celui de l’eczéma, dartres et autres allergies cutanées. La bardane possède également des propriétés hypoglycémiantes qui la rendent utile comme adjuvant dans le traitement du diabète. Le plantain quant à lui, possède de réelles propriétés antihistaminiques, anti-inflammatoires et antitussives. Draineur remarquablement efficace, le Plantain associé à la Bardane, constitue une arme intéressante dans les traitements de terrain de toutes les pathologies électives de la peau et des muqueuses, allergiques ou non, mais aussi dans les dépressions du système respiratoire par libération excessive d’histamine (asthme, toux nerveuse).


Frédéric Poncet : Quel est le rôle émonctoriel de l’intestin ?

Jean-Pierre Perraud : On se souvient du mot célèbre du biologiste Pierre MARCHESSEAU : « le drame de la constipation se joue en 4 actes. Si le dernier se passe dans le côlon, les autres se situent dans le grêle, l’estomac et le premier dans la bouche. Aller à la selle deux fois par semaine, en continuant à manger 3 fois par jour, est un véritable suicide par auto-intoxication. ». Voila bien résumé tout le problème de la constipation. Celle-ci a pour origine trois causes principales : une mauvaise alimentation, un état neuro-arthritique permanent, et le manque d’exercice physique qui conduisent, en asséchant les sécrétions digestives (diminution du mucus) et en supprimant les contractions musculaires (atrophie des muscles lisses et striés) à la constipation. On a pu dire que le côlon était « l’égout » du tube digestif et que, ce faisant, il constituait l’un des 4 grands émonctoires de l’organisme. La constipation n’est pas sans effets secondaires sur l’état de santé de l’individu. On sait, en effet, que l’intestin est un véritable réservoir à microbes où (protéus, colibacilles, streptocoques, entérocoques, etc.) ne demandent qu’à proliférer et à migrer. Les cystites et colibacilloses chroniques, certaines néphrites, peuvent être provoquées par une migration des germes intestinaux. Les aliments que nous absorbons sont généralement utilisés pour répondre aux besoins énergétiques de l’organisme. Une suralimentation (viande, sucre, alcool), une vie sédentaire, le stress concourent à déstabiliser l’équilibre métabolique de l’organisme et à induire la formation de surcharges graisseuses : embonpoint, cellulite, obésité. L’obésité est caractérisée par la formation et la concentration anormale de graisse dans tous les organes et principalement sous la peau, au ventre, au cou (double menton), aux seins, bras, hanches, fesses, cuisses. L’excès de graisse peut se doubler également d’une rétention hydrique. Ce phénomène se rencontre couramment dans la cellulite. L’obésité, outre son aspect disgracieux, altère aussi la santé physique et morale de l’individu. Les personnes obèses sont facilement essoufflées au moindre effort. Les mouvements et la démarche deviennent lents, lourds et pénibles : la fatigue survient facilement. Les digestions sont difficiles après les repas, le sommeil devient un besoin impérieux, la respiration est gênée, les nuits sont agitées, le sommeil difficile. Des troubles du rythme cardiaque peuvent survenir : palpitation, tachycardie, bradycardie, crise d’asthme. Sur le plan métabolique, il n’est pas rare de voir les obèses avoir un taux de glycémie, cholestérol, urée, albumine supérieur à la normale. Les plantes de l’élimination intestinale sont surtout celles riches en fibres. Ces dernières sont destinées à rééduquer l’intestin et à améliorer la motilité et le péristaltisme du côlon, indispensables à un bon transit. Les FOS ou fructo-oligo-saccharides sont extraits des fruits comme la prune, la pomme et le raisin. La cellulose à fibres courtes présente dans le son (blé) ou dans le riz complet outre son pouvoir laxatif est aussi hypocholestérolémiante.


Frédéric Poncet : Le naturopathe a-t-il une méthode, voire une technique particulière pour établir un bilan énergétique ? et si tel est le cas, parmi les signes réactionnels révélant un désordre énergétique, quels sont les plus significatifs pour le naturopathe ?

Jean-Pierre Perraud : Je crois que les troubles digestifs, tels que gastrites, colites, constipation, et circulatoires, tels que jambes lourdes, impatience, fourmillement, hémorroïdes, sont les premiers signes annonciateurs que la machine organique s’encrasse. Chaque individu possède à sa naissance une hérédité plus ou moins marquée, qui conditionne le terrain de base propre à chaque organisme. Un mode de vie et une alimentation corrects en fonction de l’individu font évoluer favorablement ce terrain. A contrario, avec un mode de vie malsain et une alimentation excessive, toxique, carencée, les déchets digestifs et métaboliques s’accumulent, encrassent le liquide extra et intracellulaire. C’est alors que vont apparaître les manifestations réactionnelles — les symptômes — caractéristiques des premiers troubles fonctionnels. Pour établir son bilan énergétique, le naturopathe dispose de nombreuses techniques non invasives. Il utilise ainsi les méthodes classiques d’observation : l’interrogatoire, l’observation des postures, la biotypologie — classification et prédisposition des individus selon leur morphopsychologie, l’iridologie, l’analyse biochimique de la transpiration, la radiesthésie, etc.

Propos recueillis par Frédéric Poncet

 

 


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